Cette procédure s'adresse aussi bien aux observateurs
visuels, qu'aux utilisateurs de caméras CCD ou encore aux astrophotographes
classiques. Certains conseils s'adapteront plus à tel ou tel type
d'observation, mais dans l'ensemble la démarche est la même quel que
soit le type d'instrument.
Les lignes qui suivent constituent une sorte de guide
destiné en particulier à l'observateur non expérimenté qui serait un jour
confronté à la question suivante : "je pense avoir détecté un
objet suspect de type comète, maintenant que dois-je faire ?"
N.B. : Cette procédure ne prétend être ni exhaustive ni parfaite. Toute remarque sur le sujet destinée à l'enrichir ou à la corriger sera la bienvenue. Veuillez s'il vous plait en faire part à Eric Tinlot qui transmettra.
La procédure comporte deux phases bien distinctes :
ATTENTION : il est IMPERATIF d'effectuer la phase de contrôle AVANT de communiquer sa découverte.
1) Phase de contrôle de l'objet suspect
1.1 Premier contrôle
Se poser la question : n'est-ce pas une image fantôme ? Nombreux sont les pièges qui font penser à des pseudo comètes.
En visuel : phénomène atmosphérique, ballon sonde, reflets, ...
En photo ou CCD :
Si l'image semble réelle, vérifier qu'il ne s'agit pas tout simplement d'un objet du ciel profond (galaxie, nébuleuse, amas globulaire, petit amas d'étoiles très serrées, ...) à l'aide d'un atlas papier ou électronique.
En visuel : attendre que l'objet ait bougé par rapport aux étoiles proches (cela n'est pas toujours possible pour différentes causes : météo instable, fin de nuit, champ pauvre en étoiles, ...).
En photo : comparer (blink microscope ou stéréo-comparateur) au moins 2 clichés pris à 1 heure d'intervalle au minimum (attention au piège du reflet qui peut s'être déplacé si l'appareil a bougé, ou si le cadrage n'est pas rigoureusement identique entre les poses).
En CCD : comparer avec la fonction blink du logiciel deux ou plusieurs images prises à plusieurs minutes d'intervalle. L'expérience montre qu'on est sûr du déplacement d'un objet à partir de 1 à 2 pixels seulement soit typiquement 3 à 4" sur le ciel avec des échantillonnages courants.
N.B. : si aucun mouvement n'est constaté, il y a lieu d'être sceptique. Dans certains cas, la comète peut apparaître quasi-stationnaire. Par exemple si elle se trouve à son point de rebroussement sur sa trajectoire, ou si elle se dirige droit vers la Terre ou encore si elle est très éloignée.
Les choses commencent à être sérieuses, mais tout n'est pas fini.
Si photo ou CCD : vérifier si le mouvement est cohérent d'une pose à l'autre et entre les poses.
Si observation visuelle : faire un dessin du champ en complément des informations précédentes.
Enfin vérifier qu'il ne s'agit pas d'une comète connue, ou récemment découverte.
Il existe actuellement de nombreux moyens pour effectuer rapidement cette vérification :
Ephémérides annuelles publiées par de nombreuses revues (comet handbook de l'ICQ, Bureau de Longitudes, Société Astronomique de France, ...)
Consultation des dernières circulaires UAI sur le Web (nécessite un abonnement)
MPEC sur toutes les comètes observables du mois en cours
Logiciels sur ordinateur tels que Guide V6 ou Megastar V4 avec mises à jour régulières des éléments orbitaux à partir du serveur de l'UAI
Consultation de la liste des astéroïdes connus visibles dans un rayon paramétrable autour d'une position donnée ou d'un objet du ciel profond
Cette liste a été conçue pour éviter les annonces de découvertes de supernova qui seraient en fait des astéroïdes. Il peut être intéressant de consulter cette liste au cas où l'objet suspect serait d'aspect stellaire.
Où trouver des éphémérides de comètes sur le Web ?
Ephémérides et éléments orbitaux récents de l'UAI
http://cfa-www.harvard.edu/iau/Ephemerides/Comets/index.html
Site tenu par l'amateur japonais Seiichi Yoshida qui dresse la liste des comètes observables du moment avec éphémérides, description et particularités
http://www.info.waseda.ac.jp/muraoka/members/seiichi/comet/current.html
Ephémérides avec éléments orbitaux récents de l'Association des Astronomes Amateurs d'Auvergne
N.B. : il est recommandé d'effectuer (ou de faire effectuer) un maximun de vérifications avec les moyens dont on dispose afin de ne pas annoncer une comète déjà connue. Il est particulièrement important pour les observateurs CCD, capables de détecter facilement des comètes jusqu'à la magnitude 16, de se tenir au courant de toutes les comètes visibles du moment. Il en va de même pour les observateurs visuels qui peuvent être trompés par le sursaut d'éclat d'une comète. Cela s'est produit en octobre 1995 avec 73P/Schwassmann-Wachmann3 qui est passée brusquement de la mag. 14 à la mag. 6 et qui a été l'objet d'un grand nombre d'annonces de découverte à l'UAI. Tout récemment, la comète 57P/du Toit-Neujmin-Delporte a également connu un sursaut d'éclat important (de mag. 19 attendue, à mag. 12.5).
1.2 Demande de confirmation
Avant toute annonce de découverte, il est recommandé d'entreprendre une confirmation (si vous prévenez l'UAI avant d'avoir tenté une confirmation, cette dernière vous la réclamera, même si vous êtes un observateur connu).
Cette confirmation doit être faite le plus tôt possible, dans la même nuit si celle-ci est suffisamment longue et que l'objet n'est pas couché (attendre au moins 1 heure ou 2), sinon dès la nuit suivante si la météo est favorable.
L'idéal est d'obtenir une confirmation de la part d'un autre observateur expérimenté de préférence, utilisant un instrument différent du vôtre. A défaut, il est possible de confirmer soi-même.
ATTENTION :
Pour confirmer, il est préférable de ne contacter que des personnes que l'on connaît personnellement et cela directement. Evitez d'envoyer un mail sur Internet (et encore moins des photos) à des listes de diffusion qui risquent de toucher des centaines de personnes inconnues de vous. Vous risquez de perdre du temps avec des réponses non fiables et de plus de perdre le bénéfice d'une découverte (voir le problème soulevé par la dénomination de la comète C/1997 J2 (Meunier-Dupouy). Vous pouvez également faire appel au réseau d'alerte de la SAF (contacter la SAF pour en connaître les membres).
En résumé, il ne faut pas se précipiter pour prévenir l'UAI (surtout si l'on est un débutant), mais il ne faut pas non plus réfléchir trop longtemps car on risque alors de se faire doubler par un concurrent. En cas de doute, mieux vaut prendre son temps, mais si on est absolument sûr d'avoir tout vérifié, il faut alors prendre ses responsabilités et alerter l'UAI au plus vite, car c'est le seul moyen de garantir que sa découverte soit retenue.
2) Phase de communication de la découverte
Une fois toutes ces vérifications faites, si vous êtes convaincu qu'il peut s'agir d'une nouvelle comète, il est temps de prévenir les autorités habilitées à enregistrer les découvertes, à savoir le Bureau Central pour les Télégrammes Astronomiques (CBAT). Maintenant il faut aller vite si vous ne voulez pas être doublé par un autre observateur. Le plus rapide actuellement est d'envoyer un e-mail par Internet ou d'envoyer une télécopie. Deux solutions se présentent :
2.1 Vous communiquez vous-même votre découverte au CBAT
Ce peut être le cas si vous êtes relié à Internet. Dans ce cas vous pouvez, soit utiliser le formulaire mentionné ci-dessous dans l'annexe, soit envoyer un e-mail ou une télécopie aux responsables du CBAT, B.G. Marsden ou D.W.E. Green aux adresses suivantes :
N° FAX de l'UAI :
Que ce soit par Internet ou par Fax, mentionnez dans votre message tous les éléments nécessaires à l'identification de l'objet :
IMPORTANT :
Si vous êtes un "inconnu" pour le CBAT, il est souhaitable que vous donniez quelques informations (ne racontez pas votre vie !) sur votre expérience d'observateur. Dites aussi les circonstances de votre découverte (due au hasard ou lors d'une séance de recherche volontaire).
Enfin n'oubliez pas de mentionner la ou les personne(s) que vous avez contactée(s) pour demander confirmation et de spécifier s'il y a eu confirmation.
2.2 Vous demandez à un tiers de le faire
Soit vous n'êtes pas équipé en moyens de communication rapides, soit vous n'êtes pas sûr de vous pour rédiger correctement votre rapport.
Vous pouvez vous adresser à la personne qui a fait la confirmation, ou à un observatoire amateur ou encore au réseau d'alerte de la SAF. Evitez de prévenir un observatoire professionnel si vous n'y connaissez pas personnellement quelqu'un.
Dans tous les cas vous fournirez le maximum de renseignements nécessaires à la personne ou à l'organisme qui se chargera de prévenir le CBAT et qui sera votre intermédiaire. Les découvreurs japonais font souvent appel à une personnalité reconnue par le CBAT pour communiquer leur découverte (Nakamura ou S. Nakano par exemple).
3) L'attente ...
Vous avez communiqué votre découverte, soit par vous-même soit par un intermédiaire.
Il ne vous reste plus qu'à croiser les doigts ! Mais ne restez pas inactif. Essayez de suivre votre objet le plus souvent possible et tenez les collègues contactés au courant de l'évolution de votre alerte. Consultez régulièrement les circulaires de l'UAI sur Internet. Si c'est un tiers qui a prévenu l'UAI, téléphonez-lui pour savoir s'il a des nouvelles. Il n'est pas inutile non plus de confirmer par écrit sa découverte en envoyant son compte-rendu avec dessins et photos éventuellement.
Si tout va bien, d'ici quelques jours (ou même sous quelques heures dans certains cas), vous recevrez un mail ou un fax du CBAT pour vous confirmer (ou non) le bien fondé de votre alerte.
Si la chance vous a souri, bravo, vous pouvez maintenant et seulement maintenant penser à sabler le champagne !
Annexe
La procédure complète est décrite (en anglais) sur le Web aux adresses suivantes :
phase de contrôle :
phase de communication :
Il est possible d'utiliser un formulaire de rapport de découverte :
Vous pouvez aussi vous reporter au chapitre VIII sur les comètes écrit par J.C. Merlin (paragraphe "Que faire en cas de découverte ?") du Guide de l'observateur Tome 1, édité par la Société d'Astronomie Populaire.
Bureau Central pour les Télégrammes Astronomiques (CBAT) :
http://cfa-www.harvard.edu/iau/cbat.html (page d'accueil)
Retour à la page d'accueil de la
Commission des comètes