Retenez cette date : au cours de la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 février 2008 aura lieu un spectacle de toute beauté : une éclipse totale de Lune entièrement visible depuis la France métropolitaine. Ce phénomène est l'épilogue d'une série de trois éclipses totales de Lune consécutives émaillant une période d'à peine 12 mois qui sera suivie d'une période de 2 ans et 10 mois de disette au terme de laquelle se produira la prochaine occurrence, cette dernière n'étant d'ailleurs pas entièrement observable depuis nos contrées.
Les heures sont données en Temps Universel : vous devez ajouter 1h pour avoir l'heure de nos montres.
|
|
Représentation du déroulement de l'éclipse à intervalles de
10 minutes. La figure embrasse un champ de 115° × 80° et présente des
déformations analogues à celles imputables à l'emploi d'un objectif grand-angulaire. Par souci
de lisibilité, les vues de la Lune ont fait l'objet d'un zoom d'un facteur 4 environ. La configuration
du ciel est celle qui peut être observée depuis Paris, mais qui reste valable pour toute la France
métropolitaine, au moment du maximum de l'éclipse (vue pour
3h 26m UT). Cliquez ci-après pour charger une animation réaliste, à ceci
près que la Lune fait 4 fois sa dimension réelle, illustrant le phénomène vu
depuis Paris accéléré 1 200 fois (résolution ½ s pour
10 min). |
|
|
|
|
Marche de la Lune dans les cônes d'ombre et de pénombre de la Terre. Les vues
P1, O1, O2, M, O3, O4 et P4 représentent l'aspect de la Lune aux instants des contacts et du maximum de
l'éclipse. Les flèches ZP1, ZO1,
ZO2, ZM, ZO3, ZO4
et ZP4 indiquent la direction du zénith, à Paris, aux mêmes
instants. |
Photographiez le phénomène ! Photographie des Eclipses de Lune : Choix de l'exposition
Tout comme les éclipses de Soleil, les éclipses de Lune demandent un alignement presque parfait du Soleil, de la Terre et de la Lune. Ceci ne se produit que dans certaines conditions que l'on trouve clairement expliquées dans tous les bons manuels que l'on consultera à la bibliothèque de la Société Astronomique de France ou dont on pourra faire l'acquisition dans les librairies spécialisées.
Il se produit une éclipse de Lune lorsque la Lune passe dans la pénombre ou dans l'ombre de la Terre. À la différence des éclipses de Soleil au cours desquelles le Soleil n'est pas assombri mais occulté (masqué) par la Lune, les éclipses de Lune traduisent l'absence d'éclairement de la Lune pour laquelle le Soleil est masqué par la Terre. Pour un observateur situé sur la Lune, il y a alors éclipse de Soleil.
La terminologie est relativement riche : il y a pour la Lune des éclipses totales, des éclipses partielles et des éclipses par la pénombre. Il y a éclipse totale de Lune quand la Lune est entièrement comprise dans l'ombre de la Terre et il y a éclipse partielle de Lune quand une partie seulement de la Lune est située dans l'ombre de la Terre. Enfin, il y a éclipse de Lune par la pénombre quand aucun point de la Lune n'est dans l'ombre de la Terre et que tout ou partie de notre satellite est dans la pénombre de la Terre, donc quand de la Lune on peut observer au mieux une éclipse partielle de Soleil.
Les éclipses de Lune se produisent à la Pleine Lune.
C'est juste après l'entrée dans la pénombre et juste avant la sortie de la pénombre que l'éclairage de la Lune est le plus "efficace" pour un observateur terrestre. La Lune est alors généralement plus brillante que dans toutes les autres conditions (y compris des circonstances apparemment favorables comme celles du 22 décembre 1999) ; pour des explications plus détaillées et rigoureuses, voir la page Pleine Lune du Solstice consacrée au sujet sur ce site.
Les éclipses de Soleil précèdent ou suivent les éclipses de Lune de 14 jours environ. Par exemple, l'éclipse totale de Soleil du 11 août 1999 a été précédée le 28 juillet 1999 d'une éclipse partielle de Lune (invisible en Europe) et l'éclipse totale de Lune du 9 janvier 2001 a été précédée d'une éclipse (partielle) de Soleil le 25 décembre 2000, qui a été visible sur le continent américain.
En général, les éclipses de Lune ont lieu la nuit mais, la réfraction atmosphérique aidant, les observateurs qui se trouvent au moment de la totalité à un endroit où le Soleil est en train de se lever ou de se coucher peuvent voir simultanément la Lune éclipsée et le Soleil. En théorie cela marche, mais on peut penser que l'éclat du ciel masque la Lune éclipsée et qu'on ne peut la voir que si l'éclipse est partielle.
L'éclipse étant liée au mouvement de la Lune autour de la Terre, le déroulement d'une éclipse totale est le suivant :
Entrée de la Lune dans la pénombre (il y a éclipse par la pénombre ; attention, la pénombre étant le passage progressif de l'éclairement total à l'obscurité totale, l'entrée dans la pénombre, bien qu'elle ait un sens géométrique précis, est pratiquement indiscernable à l'il nu ; une fois que la Lune est entièrement dans la pénombre, il est souvent plus facile de voir que son éclairement n'est pas uniforme en ne la regardant pas en face).
Entrée de la Lune dans l'ombre (il y a éclipse partielle ; la limite de l'ombre est très nette à l'il nu, elle l'est beaucoup moins dans une paire de jumelles, une lunette ou un télescope).
Début de la totalité (la Lune est entièrement dans l'ombre de la Terre).
Fin de la totalité (l'éclipse redevient partielle).
Sortie de l'ombre (l'éclipse est alors par la pénombre).
Sortie de la pénombre (l'éclipse est finie ; pour les mêmes raisons que pour l'entrée, l'observateur a l'impression que l'éclipse est terminée bien avant la sortie de la pénombre qui est indiscernable).
Pour une personne non avertie, une éclipse de Soleil n'est perceptible que si cet individu se trouve dans la bande de totalité ou tout au moins très près de cette bande qui fait quelques milliers de kilomètres de long sur au mieux 270 kilomètres de large, ce qui est tout petit relativement aux dimensions de la Terre. Une éclipse de Soleil n'est donc remarquée que par une très petite partie de la population tandis qu'une éclipse de Lune est visible de partout où la Lune est levée, c'est à dire la moitié de la surface terrestre. Il est donc logique que les gens qui ont vu une éclipse totale de Lune soient plus nombreux que les gens qui ont vu une éclipse totale de Soleil alors qu'il y a un petit peu plus d'éclipses de Soleil que d'éclipses de Lune.
Contrairement à la Lune, la Terre est pourvue d'une atmosphère qui réfracte les rayons du Soleil, et cette atmosphère est chargée de particules (gouttelettes d'eau, poussières de toutes sortes) qui diffusent cette lumière. C'est ce qui fait que les couchers et levers de Soleil sont sur Terre un spectacle magnifique. Pendant une éclipse totale de Lune, un observateur placé sur la Lune verrait la Terre entourée d'une très fine et très brillante auréole rouge (si on admet que l'atmosphère susceptible de comporter des nuages et des poussières fait 30 km d'épaisseur, cela ne fait guère qu'un peu plus de 2 millièmes du diamètre de la Terre). C'est la lumière de cette auréole qui éclaire la Lune pendant la phase totale de l'éclipse et lui donne cette teinte cuivrée rougeâtre si caractéristique. Cette teinte est assez marquée lorsque l'éclipse de Lune se produit à l'apogée (point de l'orbite le plus éloigné de la Terre), elle est moins marquée et la Lune est très sombre lorsque l'éclipse se produit au périgée (point de l'orbite le plus proche de la Terre). Dans le cas de l'éclipse du 21 février 2008, la Lune sera à mi course entre périgée et apogée ; on peut donc s'attendre à une Lune relativement claire du fait que l'astre sélène pénètrera faiblement dans le cône d'ombre de la Terre, mais ceci reste une supputation et non une certitude.
André Danjon a proposé dans les années 1950 que la luminosité résiduelle et la coloration de la Lune éclipsée puissent dépendre de l'activité solaire. Jean Meeus a pu démontrer récemment qu'en fait il n'en était rien et que la corrélation était fortuite. De fait, la luminosité résiduelle et la coloration de la Lune éclipsée dépendent essentiellement de la grandeur de l'éclipse (plus sombre au centre qu'au bord de l'ombre), de la distance Terre-Lune (plus sombre au périgée qu'à l'apogée) et du degré de transparence de l'atmosphère terrestre. On les estime à l'aide de l'échelle de Danjon :
0 : éclipse très sombre, Lune à peu près invisible, surtout au milieu de la totalité ;
1 : éclipse sombre, grise ou brunâtre ; détails lunaires difficiles à discerner ;
2 : éclipse rouge sombre ou rouille, avec, le plus souvent, une tache très sombre au centre de l'ombre ; zone extérieure assez claire ;
3 : éclipse rouge brique ; ombre souvent bordée d'une zone grise ou jaune assez clair ;
4 : éclipse rouge cuivre ou orangé très clair ; zone extérieure bleuâtre très lumineuse.
Les heures sont données en Temps Universel : vous devez ajouter 1h pour avoir l'heure de nos montres.
L'éclipse du 21 février 2008 se déroule en fin de nuit :
| Entrée dans la pénombre | 0h 36,5m (le 21) |
| Entrée dans l'ombre | 1h 43,2m (le 21) |
| Début de la totalité | 3h 01,1m (le 21) |
| Maximum de l'éclipse | 3h 26,0m (le 21) |
| Fin de la totalité | 3h 50,9m (le 21) |
| Sortie de l'ombre | 5h 08,7m (le 21) |
| Sortie de la pénombre | 6h 15,6m (le 21) |
Pour Paris, le 20 février, le Soleil se couchera à 17h 19m et la Lune se lèvera à 16h 43m ; toujours pour Paris, le 21 février, le Soleil se lèvera à 6h 49m et la Lune se couchera à 6h 54m.
En Europe, l'éclipse se produisant en fin de nuit au voisinage de l'équinoxe, la Lune évoluera dans le secteur sud-ouest à ouest à hauteur décroissante dans le ciel. C'est ainsi qu'à Paris, la hauteur de la Lune au-dessus de l'horizon sera de 46° en O1, de 32° en M et de 16° en O4 (voir figures ci-dessus).
Cette éclipse porte le numéro 4970 dans le Canon d'Oppolzer et appartient dans ce canon à la suite de saros numéro 133. Cette éclipse porte également le numéro 11974 dans le Canon de l'IMCCE (Patrick Rocher) et appartient dans ce canon à la suite de saros numéro 189.
La grandeur de l'éclipse est de 1,106 (la Lune pénètre peu profondément dans le cône d'ombre de la Terre) et la durée de sa phase totale n'est que de 49,8m.
L'éclipse est visible de bout en bout dans la zone identifiée par la lettre "V".
© IMCCE-OP
(Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des
Éphémérides)
Depuis sa création le 13 janvier 2008, cette page a été visitée
fois.
Dernière mise à jour le 20 février 2008.
Retour à la page d'accueil de la SAF