Éditorial - mai 2004, volume 118



Éditorial

L'imagination, et l'imagerie se conjuguent avec les plus séduisants fantasmes mythologiques, et le passage de Vénus devant le Soleil est devenu, presque tous les siècles, l'occasion d'un grand concours d'astronomes, de curieux, et de poètes…

Cette planète, proche de nous, n'a pas toujours pourtant été identifiée comme telle. Pendant des siècles avant l'époque hellénistique, on a parfois cru que l'Étoile du Soir (« pâle étoile du soir, messagère lointaine… ») était différente de l'Étoile du Matin, bien connue aussi des bergers ou des marins.

Mais lorsqu'il fut devenu clair que ces deux "étoiles" étaient un même objet, voyageur, donc une planète, les astronomes grecs les premiers, remarquèrent que cette double observation au soir, vers l'Ouest, pendant quelques mois, au matin à l'Est pendant quelques mois, était le signe que Vénus (comme d'ailleurs Mercure, bien moins brillant) ne s'écartait jamais beaucoup du Soleil. De fait, l'angle qui sépare Vénus du Soleil est au maximum de 47° (de 28° pour Mercure). Toutes les autres planètes décrivent des orbites complètes, — 360° —, autour de la Terre, ou du Soleil, comme on voudra.

C'est cette remarque si simple qui sans doute, à long terme, fonde l'astronomie moderne. Un Héraclide du Pont (au IVe siècle avant notre ère), un Aristarque (au IIIe siècle avant notre ère), le savaient déjà. Héraclide avait certes proposé un système géocentrique (mais quel référentiel pouvait alors permettre de décider si la Terre tournait autour du Soleil ou si c'était l'inverse ? On ne le saura vraiment qu'avec la mesure des parallaxes stellaires en 1830-1840). Dans le système d'Héraclide, Vénus et Mercure tournent autour du Soleil, et le Soleil autour de la Terre ; Aristarque va plus loin, et met le Soleil au centre de tout le système. Il faudra attendre Copernic pour reprendre l'idée héliocentrique d'Aristarque. Mais Héraclide, qui n'était pas allé si loin, a néanmoins inspiré de nombreux auteurs, qui, tous, ont étendu son système, très progressivement. Macrobe au Ve siècle de notre ère, Jean Scot Erigène au IXe siècle, font tourner Mars et Jupiter autour du Soleil, et le Soleil autour de la Terre. Tycho Brahe lui-même (postérieurement au De Revolutionibus de Copernic) a ajouté Saturne à la noria des astres circumsolaires, mais, attaché encore à une certaine tradition géocentrique, il conserve, malgré Copernic, et comme Héraclide, un système géocentrique.

Il n'en reste pas moins que c'est de la constatation que "étoile du matin" et "étoile du soir" ne sont qu'une planète unique, Vénus, qu'est sortie toute la logique du système héliocentrique. Elle mérite bien que l'on attende et que l'on suive son "passage" devant notre Soleil.

Jean-Claude Pecker


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