Editorial - Mission Mars Pathfinder



La victoire de l'audace et le clin d'oeil de la chance

Il faut avoir attendu vingt et un ans de nouvelles images de Mars pour comprendre l'émotion, la joie et la fierté non pas seulement de l'équipe de Pathfinder mais de toute la communauté planétologique "martienne". L'émotion d'abord c'est celle qui se lisait sur chacun des visages au moment où la sonde envoyait son premier message disant qu'après sept mois de voyage elle venait de se poser à moins de 30 km du site proposé dans Ares Vallis, le cours d'eau le plus connu désormais du Système Solaire. Ce site deviendra quelques jours plus tard le Carl Sagan Memorial Station. L'émotion, c'est encore de voir une équipe réaliser son projet, exulter, comprenant qu'un grand moment de l'histoire de la science est en train de s'écrire. L'émotion, c'est aussi de voir un chercheur russe partager le bonheur de ces confrères américains alors que sept mois auparavant Mars 96 n'a pu quitter l'attraction terrestre. La joie et la fierté, c'est d'être planétogue aujourd'hui et de vivre cette aventure en pensant à ce qu'elle ouvre d'horizons.

Pathfinder est une belle histoire de la Science et ferait un merveilleux récit d'aventure où tout se mêle : inconnu, suspens, craintes et surtout, un "happy end". Bien sûr, la mission n'est pas finie mais quoi qu'il arrive désormais, Pathfinder prendra sa place parmi les plus grands succès de l'exploration planétaire. C'est d'abord la victoire de l'audace : mettre des airbags pour amortir la chute d'une sonde... la NASA a trouvé le projet tellement osé qu'aucune des futures missions prévues dans le programme Mars Surveyor ne propose de nouveau cette solution. Et pourtant... Combien auraient donné cher pour être quelque part dans Ares Vallis au moment où un bolide lancé à 50 km/h, apparaissant d'on ne sait où, est venu percuter une première fois la surface martienne pour rebondir 15 mètres dans les airs, et trois bonds plus loin finalement s'arrêter, comme essouflé par 7 mois de périple interplanétaire. Et l'audace a été récompensée, comme souvent, par un coup de pouce de la chance. Et si Pathfinder s'était posée à l'envers ? Et si l'airbag en travers de la rampe n'avait pu être rabattu ? Et si les deux rampes avaient été obstruées par la présence de blocs trop gros pour Sojournor ? Rien de tout celà n'est arrivé. La chance était cette fois du côté des scientifiques.

Pathfinder, c'est déjà une série d'images et des résultats au-delà de toute espérance. Dès la première image, un modèle datant de vingt ans trouve pour la première fois une confirmation visuelle : des blocs imbriqués ennoyés dans des sédiments fins : alignés comme à la parade, ils donnent la direction et l'énergie du flot. A ceux qui doutaient encore, il y a eu de l'eau sur Mars ! D'autres images viendront confirmer : sur les premières collines martiennes, cinq niveaux de terrasses attirent immédiatement l'attention. Non pas un épisode mais plusieurs épisodes d'écoulement ; les images stéréoscopiques révèlent aussi des rides régulières. Oui, il y a eu de l'eau sur Mars et, lorsque nous voyons la taille des blocs déposés là, 2000 km au nord de l'amont, on peut imaginer la puissance du flot ! Des blocs émoussés, d'autres anguleux... L'histoire de Mars s'inscrit devant les caméras de Pathfinder et de Sojournor. Autre image : le 5 Juillet 1997, un petit rover de 50 cm entre dans l'histoire : 6 petits tours de roues pour Sojournor, un autre pas de géant pour l'Humanité ! Lui aussi ne manque pas d'audace. Dans un excès d'enthousiasme, Sojournor partira à l'assaut de Yogi stoppant son début d'escalade après avoir posé une roue sur le bloc. Une autre image impressionnante : pour la première fois, deux sondes terrestres se photographient l'une et l'autre à 200 millions de kilomètres de la Terre. En dehors des images et des "cartes postales" martiennes couronnées par un fabuleux couché de soleil sur Ares Vallis, viennent aussi les résultats scientifiques. La composition de Barnacle Bill et son incroyable teneur en quartz. Mars est encore plus semblable à la Terre qu'on ne l'imaginait. La confirmation que certaines des météorites que la Terre reçoit proviennent bien de Mars n'est pas un mince résultat.

D'autres analyses viendront, d'autres résultats, et d'autres images. La mission est encore jeune et Pathfinder et Sojournor sont en pleine forme. Le 4 juillet dernier, les américains se sont donnés une autre raison de fêter l'"Independance Day". D'ailleurs, ironiquement, une manchette de journal annonçait triomphalement : "On Independance Day, Earth invades Mars !". En fait, c'est un peu aussi de celà qu'il s'agit car ce 4 juillet dernier, au-delà de la mission en elle-même, il faut penser à ce que ce succès signifie. Pendant dix ans, tous les 26 mois, deux missions partiront vers la planète rouge avec pour but de connaître suffisamment Mars pour en 2004 être capable de prendre la décision "go" ou "no go". Si le feu vert est donné, en 2011 le premier équipage humain se posera sur Mars. Il aura fallu 4.5 milliards d'années d'évolution pour que des êtres humains puissent admirer le soleil se coucher sur les collines d'un autre monde et qu'à travers les yeux des caméras de leurs robots ils puissent prendre connaissance d'une planète tellement proche de la leur qu'ils pensent à y faire leurs premiers pas et, qui sait, peut-être un jour s'y installer. Le 4 juillet 1997, ce n'est pas seulement un rover qui pose ses roues à la surface de Mars, c'est l'Humanité qui a ouvert ses ailes et qui, fidèle à l'esprit de découvreur qui l'a toujours habitée, se promet des horizons martiens pour ouvrir le 21ème siècle.
 
Nathalie CABROL
Ames Research Center - NASA


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