Les conditions de visibilité de la comète Hale-Bopp en France

Nicolas Biver

Commission des comètes, Observatoire de Paris-Meudon

La Comète Hale-Bopp a été découverte le 23 juillet 1995, à plus de 7 Unités Astronomique (1 UA = distance Terre-Soleil = 150 millions de km) du Soleil, à la magnitude 11. De cette position au-delà de l'orbite de Jupiter, elle s'est rapprochée jusqu'à 0,91 UA le 1er avril 1997, jour de son périhélie. Elle a franchi la magnitude 0 au début de mars, et elle devrait atteindre son maximum de brillance peu après le 22 mars, date de la distance minimale (1,315 UA) à la Terre. Celle qui restera dans les annales comme la "Grande Comète de 1997", est certainement la comète du XXe siècle, au moins de part son activité intrinsèque.


La comète Hale-Bopp est une des plus actives jamais observées depuis un demi millénaire : seules trois comètes auraient été intrinsèquement plus brillantes et elle se compare assez bien à la Grande Comète de 1811. Moins d'un mois avant le périhélie, les études scientifiques de cette comète ont apporté de très nombreuse découvertes (nouvelles molécules cométaires, rapport isotopique, coma structurée...) et elle dégaze près de 400 tonnes d'eau par seconde, soit plus de 10 fois plus que la comète de Halley au périhélie. Les dernières observations radio avec le réseau interférométrique de 5 antennes au Plateau de Bure donnent un rayon de 44 km pour son noyau (proche de 40 km estimé plus d'un an plus tôt avec le télescope spatial). C'est bien plus que pour la comète de Halley (16x8x8 km) et il tournerait sur lui même en un peu moins de 12h, d'après les observations optiques.

Luminosité de la comète

Elle n'est pas évidente à comparer à la comète Hyakutake, passée à 0,102 UA de la Terre il y a un an : Hale-Bopp devrait être un peu plus brillante au maximum (m1=–0,5) mais bien plus condensée, ce qui la rend plus facilement visible à l'oeil nu, même dans les zones où la pollution lumineuse est très importante. Elle ne présentera jamais une queue beaucoup plus longue que 25 degrés, pour des raisons de géométrie. Avec une telle longueur apparente, la queue ionique devrait dépasser 1UA (150 millions de km) de longueur autour du 24 mars, ce qui est déjà impressionnant ! Début mars, elle montre même bien distinctement 2 queues : la queue ionique, droite et de 15 degrés de longueur apparente, et la queue de poussières, un peu plus courte, et incurvée vers la droite (direction opposée au déplacement apparent de 1,8 degrés par jour au maximum).

Repérage

Pour la repérer, il suffit surtout de disposer d'un horizon bien dégagé : ne vous inquiétez pas si vous ne connaissez pas suffisamment les constellations, car la comète est plus brillante que la majorité des étoiles ! Jusqu'à la fin mars elle est bien visible le matin, avant le lever du Soleil, vers 5h30 à 20 degrés au-dessus de l'horizon nord-est, entre le W de Cassiopée, Pégase et le Cygne. La Lune sera gênante à partir du 20 mars et ensuite elle deviendra de moins en moins longtemps visible le matin. Mais de la fin mars à la fin avril elle sera très bien visible le soir, avec une magnitude proche de 0, vers 22h (UT + 2), 25 à 15 degrés au-dessus de l'horizon nord-ouest. La période idéale s'étend du 26 mars (comète en conjonction à 5 degrés au nord de la galaxie M31) au 11 avril (à 1 degré de l'étoile Algol de Persée) : la comète devrait être proche de son maximum de brillance et la Lune absente. Fin avril, tout début mai, la Lune sera gênante au début, puis elle sera visible de moins en moins longtemps dans le crépuscule du soir, entre les constellations de Persée et du Taureau. Son éclat devrait diminuer (vers m1=+1.5) tandis qu'elle s'éloigne de la Terre et du Soleil. Elle sera ensuite définitivement perdue pour 2380 ans pour les observateurs de l'hémisphère nord.

Que voir sur la comète ?

Pour bien apprécier le spectacle qui nous offre cette comète, il faut absolument rechercher un ciel assez noir, loin des grandes agglomérations, car dans ces conditions, c'est à l'oeil nu comme aux jumelles que la comète dévoile ses 2 queues sur près d'un dizaine de degrés. Au télescope, avec un grossissement d'environ 100 fois, ou plus, depuis fin janvier, on peut noter des structures en forme d'onde concentriques près du noyau (à moins de 1 à 2'). Le développement de ces enveloppes a été bien suivi au Pic-du-Midi et a ainsi permis de mesurer une périodicité de 11,2 à 11,7 h pour la photographie, on se rapportera aux articles précédent sur la comète Hyakutake (voir L'Astronomie d'octobre 1996) mais il est déjà possible de la fixer sur la pellicule avec des moyens simples (objectif très ouvert, pellicule sensible (400 ISO) et 30s de pose sur pied fixe). On en profitera pour la prendre avec un premier plan original lorsque la comète est assez basse sur l'horizon.

Quelques points de repère sur la trajectoire de Hale-Bopp

4.3 mars : la comète est au-dessus du pôle nord du Soleil à 1.038 UA
.5 mars : périgée à 1.315 UA (0.930 UA du Soleil).
.6 avril : périhélie à 0.914 UA (1.352 UA de la Terre).
.7 mai : la comète croise l'écliptique à 1.107 UA du Soleil et 1.866 UA de la Terre : si la comète était arrivée 4 mois plus tôt elle serait alors passée à 0.11 UA de la Terre, avec une magnitude plus proche de -5 (visible en plein jour !).
21.8 mars : angle de phase maximum de 49.1° (une queue ionique de 1 UA aurait une longueur apparente de 21 degrés, et 30 degrés pour 2 UA).
25.9 mars : plus grande déclinaison nord de la comète : +45°50'. La comète est circumpolaire à la latitude de Paris du 12 mars au 8 avril (elle est à moins de 5 degrés de l'horizon en milieu de nuit).
24-27 mars : comète à moins de 6° de la galaxie d'Andromède M31.
3.0 avril : Hale-Bopp à 1.5° nord de gamma Andromède.
5.1 avril : comète à 0.5° nord de la galaxie NGC 891.
7.2 avril : amas M34 dans la queue(s) de la comète à 1.2°.
11.3 avril : la comète entre beta (Algol) et ro Persée
18-20 avril : Nébuleuse California (NGC 1499) balayée par la queue de Hale-Bopp (à3°).

Références :

Circulaire de l'UAI, serveur Web du JPL, de l'ESO, ..., revue L'Astronomie (SAF), Sky an Telescope, Ciel et Espace...

N'hésitez pas à prendre contact avec la Commission des comètes de la SAF pour des renseignements plus détaillés.


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